Demain la guerre ?

Auteur : Bernard Wicht

Le contexte géo-stratégique des votations du 14 juin prochain

« L’Europe et la Russie glissent vers une guerre ouverte. Dans cette situation, vous portez, Monsieur le Chancelier, une responsabilité unique. »

— Lettre ouverte de Jeffrey Sachs au Chancelier allemand Friedrich Merz, 27 mai 2026

Le professeur Jeffrey Sachs de l’Université de Columbia, grand spécialiste des relations internationales, vient d’adresser une Lettre ouverte au Chancelier allemand Friedrich Merz (publiée in extenso en français sur le site de L’Impertinent et de la Weltwoche).

Ce texte doit être dûment pris en considération en vue de la votation du 14 juin prochain parce qu’il nous ouvre les yeux sur le changement radical de la donne en Europe. Intitulée « L’Europe et la Russie glissent vers une guerre ouverte », la Lettre pointe la responsabilité du gouvernement allemand dans la détérioration actuelle du conflit, son enlisement et le jusqu’au-boutisme de Kiev incité par l’Allemagne à poursuivre la guerre, en particulier l’encouragement donné à l’Ukraine de frapper des cibles civiles dans la profondeur du territoire russe1.

Dans sa Lettre, Jeffrey Sachs met ainsi en évidence le changement radical des paradigmes géo-stratégiques en Europe en insistant sur deux points :

  • l’abandon par les Européens – Allemagne en tête – de toute voie diplomatique vis-à-vis de Moscou et, de là, l’avenue ouverte à la prochaine guerre ;
  • le suicide industriel de l’Allemagne suite à la mise hors service du Nord-Stream 2 et à la rupture des relations commerciales avec la Russie et, de là, le déclin structurel de l’Europe dont l’économie allemande était le moteur.

Dans cette optique et compte tenu de la votation du 14 juin, on peut avancer avec un certain degré de certitude que les référentiels de base admis jusque-là par la Suisse sont désormais obsolètes et que son agenda doit être revu en profondeur :

  • sans cesse répétée dans les débats de ces dernières semaines, la priorité absolue donnée au libre-échange, à la prospérité économique et, donc, à l’ouverture des frontières doit dorénavant se plier aux exigences de cette nouvelle donne géo-stratégique ;
  • ainsi, l’UE et l’OTAN ne peuvent plus être considérés comme une garantie de sécurité, une sorte d’« eldorado protecteur », mais au contraire comme un « boulet stratégique » susceptible de nous entraîner très rapidement dans une guerre ;
  • enfin, comme le montre le conflit avec l’Iran, l’interdépendance économico-commerciale ne fonctionne plus : il faut progressivement retrouver le chemin de l’autonomie.

En conséquence, l’urgence première pour la Suisse n’est plus tant la sacro-sainte prospérité que la sécurité, qui implique en priorité de :

  1. reprendre le contrôle de nos frontières et non les ouvrir encore plus ;
  2. redonner à l’armée des effectifs suffisants.

Concluons sur ce dernier point en rappelant l’avertissement du socialiste français Auguste Blanqui (1805-1881) qui disait « qu’un pays est esclave où les citoyens ignorent le métier des armes et en abandonnent le privilège à une caste ou à une corporation » (Instructions pour une prise d’armes).


  1. Relevons combien l’analyse de Jeffrey Sachs rejoint celles d’autres experts tels que notamment le Français Emmanuel Todd et le Suisse Jacques Baud : elle expose l’ensemble des manœuvres et manipulations entreprises bien avant le déclenchement de la guerre pour acculer la Russie et la contraindre à déclencher son opération militaire. Elle aussi vient détruire complètement le narratif de l’Union Européenne et de l’OTAN sur la responsabilité russe. 




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